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Le Cubisme

NOTRE CRITIQUE

Avouons que le Cubisme peut, a priori, sembler hermétique, voire rebutant. Considéré par beaucoup – et nous étions de ceux-là, reconnaissons-le – comme un art d’intello dénué de spontanéité et de sentiments, il fait rarement l’objet d’expositions ou de ventes aux enchères.

Le défi du Centre Pompidou était donc de montrer l’intérêt d’un mouvement qui a compté parmi ses ambassadeurs des artistes tels que Picasso, Cézanne, Braque, Léger ou encore Delaunay. Et c’est haut la main que le défi est relevé si l’on en juge par le succès de l’expo mais aussi par la qualité des pièces présentées. Notre enthousiasme, lui aussi, est évident.

Au fil d’un parcours chronologique classique, on s’imprègne ainsi d’une réflexion mais aussi du regard d’un homme : Picasso. C’est, en effet, à la fin de sa période rose que le maître opte pour cette approche totalement inédite de la peinture : les traits deviennent plus marqués, les contours noircis, le bleu et le rose sont abandonnés pour des tons plus doux allant du gris au brun, mais surtout, les lignes sont omniprésentes au détriment des courbes et des nuances. Les toiles deviennent saccadées. Cette nouvelle façon « tranchée » de concevoir son sujet, comme cet autoportrait de 1907, première œuvre de Picasso à s’y inscrire, ouvre les portes du Cubisme.

Durant près d’une dizaine d’années, les protagonistes de ce mouvement se sont pliés à toutes sortes d’expérimentations, même si certaines ont sans doute moins d’intérêt que d’autres (on songe ici aux nombreux collages de Braque et Picasso qui ne suscitent pas chez nous un enthousiasme débordant…). Loin de le rendre ennuyeux, l’expo souligne l’aspect ludique du Cubisme.

Fragmenter un paysage ou un objet en de multiples facettes, comme autant de points de vue différents est effectivement une démarche passionnante, et nous comprenons les artistes cubistes qui s’y sont pliés. De même que résumer à un détail une personne ou une chose est un exercice amusant. Autant d’aspects intéressants que nous avons retenus de cette rétrospective et d’un mouvement dont l’humour est inscrit dans les gênes : la « Femme au cheval » de Metzinger où le collier de perles symbolise à lui seul la femme et le cheval, à peine stylisé, résumé à ses sabots.

Si nous pourrions naturellement disserter des heures à propos de cette exposition, tant elle nous a emballés, retenons juste un coup de cœur absolu pour la section consacrée à la sculpture cubiste avec des pièces de Modigliani et surtout un sublime « Marin à la guitare » de Lipchitz en pierre d’une modernité invraisemblable.

En un mot, on l’aura compris : cette exposition incontournable est on ne peut plus salutaire tant elle dépoussière un mouvement tellement… moderne !

ARTYNOTE : 8,5/10

PRESENTATION OFFICIELLE

Le Centre Pompidou propose une traversée inédite et un panorama complet de l’un des mouvements fondateurs de l’histoire de l’art moderne : le cubisme (1907-1917).

Première exposition consacrée au cubisme en France depuis 1953, le projet trouve son originalité dans la volonté de renouveler et d’élargir à d’autres artistes la vision traditionnellement concentrée sur ses deux inventeurs, Georges Braque et Pablo Picasso. Ces pionniers, bientôt suivis par Fernand Léger et Juan Gris, réservaient leurs créations expérimentales et novatrices à la très confidentielle galerie d’un jeune marchand alors inconnu, Daniel-Henry Kahnweiler, quand des artistes tels Albert Gleizes, Jean Metzinger, Francis Picabia, Marcel Duchamp, Robert et Sonia Delaunay assuraient à l’époque la diffusion du mouvement auprès de la critique et du public en participant aux Salons parisiens. L’exposition met ainsi en valeur la richesse, l’inventivité et le foisonnement de ce mouvement qui ne se limite pas uniquement à la géométrisation des formes et au rejet de la représentation classique mais dont les recherches radicales et l’énergie créatrice de ses membres sont aux sources de l’art moderne.

Riche de 300 œuvres et de documents significatifs du rayonnement du cubisme, l’exposition est articulée chronologiquement en quatorze chapitres. S’en détachent des chefs-d’œuvre, comme le Portrait de Gertrude Stein (1906) ou Ambroise Vollard (1909) et Daniel-Henry Kahnweiler (1910) par Picasso ainsi que des ensembles de peintures et de sculptures jamais réunies. Le parcours de l’exposition vise à mettre en valeur l’évolution à rebondissements du cubisme en remontant aux sources primitivistes et à la fascination des cubistes pour Gauguin et Cézanne. Le parcours reflète la progression formelle du mouvement, d’une première étape cézannienne – illustrée par la présence de l’exceptionnelle nature morte de Picasso Pains et compotier sur une table (1909) – vers une transcription analytique hermétique (1910-1912) puis transformée en version plus synthétique (1913-1917), qui marque ainsi le retour de la représentation et de la couleur.

Grâce à des prêts prestigieux du Kunstmuseum de Bâle, du Musée national Picasso et du Museum of Modern Art de New York, la part la plus révolutionnaire du cubisme – l’invention des papiers collés, des collages et des constructions de Braque, Picasso, Gris et Henri Laurens -, est superbement représentée par des grandes icônes de l’art du XXème siècle, telles la Nature morte à la chaise cannée de Picasso (1912) ou sa Guitare en tôle et fils de fer (1914). D’autres aspects illustrent l’importance et le prestige de la constellation cubiste : ses liens avec le milieu littéraire sont retracés dans une salle dédiée aux critiques et aux poètes, incarnés par les portraits les plus marquants de Max Jacob ou d’Apollinaire réalisés par le Douanier Rousseau et Marie Laurencin, les éditions Kahnweiler de livres cubistes ou la collaboration entre les Delaunay et Blaise Cendrars autour de La Prose du Transsibérien en 1913.

La tragédie de la Grande Guerre (1914-1918) qui mobilise ou exile les artistes et leurs soutiens est retracée par des œuvres des artistes présents au front (Raymond Duchamp–Villon, Fernand Léger) ou qui sont restés à l’arrière, parce qu’ils étaient étrangers (Pablo Picasso, Cartes à jouer, verres, bouteille de rhum, « Vive la France »,1914-1915). Ces œuvres témoignent de l’inévitable stérilisation du mouvement frappé par l’histoire. La fin du parcours de l’exposition présente à la fois la renaissance des rescapés comme Georges Braque (La Musicienne, 1917-1918) et l’impact exercé parle cubisme sur ses contemporains (Henri Matisse), ses héritiers abstraits (Piet Mondrian, Kasimir Malevitch) ou contestataires (Marcel Duchamp), tous tributaires de la révolution cubiste.

INFORMATIONS PRATIQUES

Du 17/10/2018 au 25/02/2019
Centre Pompidou (Paris)
Tous les jours de 11h à 21h sauf le mardi.

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